L’IA au service du report modal

L’OFFICIEL DES TRANSPORTEURS N°3179 – Décembre 2025

Porté par AI Cargo Foundation, le programme Appel d’aiR a conçu une série d’outils dopés à l’intelligence artificielle pour développer le report modal. Plusieurs, à l’image de Cumulus, servent aux études, au renforcement ou à la création de nouveaux services combinés.

L’exploitation de plusieurs millions de mètres carrés d’entrepôts offre des pistes de massification des transports et de report modal. Pour les mettre en œuvre, FM Logistic « a lancé une démarche collaborative associant opérateurs de transport ferroviaire, chargeurs, logisticiens, commissionnaires et transporteurs routiers », présente son responsable du développement multimodal européen, Sylvain Philippe. Pour identifier les flux transférables de la route vers le rail, le logisticien a partagé ses données avec Hexafret, ex Fret SNCF. Ensemble, ils ont utilisé l’outil Cumulus développé par AI Cargo dans le cadre du programme Appel d’aiR financé par les certificats d’économie d’énergie. « Plateforme numérique de report modal qui utilise l’Intelligence artificielle, Cumulus permet de rechercher et de trouver facilement des services ferroviaires et fluviaux, d’élaborer un plan de transport décarboné et de participer à la création de nouveaux services combinés », explique Guillaume Desveaux, président d’AI Cargo. Dans le cas de FM, un potentiel « reportable » de plus de 4,6 millions de palettes a été décelé représentant près de 140 000 trajets routiers complets chargés à 33 palettes ! « Les données traitées par Cumulus sont anonymisées, ce qui a facilité l’adhésion de nos clients à l’étude », souligne Sylvain Philippe. A partir de ce recensement, une première offre combinée porte-à-porte quotidienne a été lancée en septembre 2024 entre Avignon et Valenton dans les deux sens. Elle est complétée depuis peu par une proposition entre les ports d’Arles et de Lille, et un corridor entre la Pologne et la France. Ce dernier lancé fin septembre relie Krzewie à Dourges (62) en direct une fois par semaine, et Kutno à Dourges via Duisbourg trois fois par semaine. En France, FM teste actuellement un service entre Château Thierry (02) et Toulouse (31) également.

Entre Avignon et Valenton, le logisticien déploie une flotte de 12 caisses mobiles tôlées de 45 pieds acceptant 33 palettes comme une semi-remorque routière. Elles ont été construites par Combipass. Filiale du groupe Berto, cette dernière est spécialisée dans la conception et la location d’unités de transport intermodal (UTI), éligibles au financement des Certificats d’économie d’énergie, et dans l’étude de services combinés. « Pour les études que nos clients nous confient, les données sont traitées par l’outil Cumulus notamment pour identifier les services ferroviaires existants ou à créer pour décarboner leurs transports », déclare Gilles Delvigne, directeur de Combipass. L’une des valeurs ajoutées de l’entreprise est de concevoir des UTI sur-mesure aux trafics et marchandises étudiés : pulvérulents, granulats, liquides, palettisés… « L’écart de coûts entre le transport combiné rail-route et le transport routier n’est que de 3 % au maximum pour bénéficier de 81 % d’économie de CO2 », rappelle-t-il.

 

Flux aller-retour possibles

Cité par FM Logistic et Combipass, Hexafret dispose « d’une équipe dédiée pour faciliter le report modal vers le ferroviaire. Elle réalise jusqu’à 800 études par an », partage Gilles Cattani. L’outil Cumulus est au cœur de ces analyses de faisabilité logistique et économique. « Des recherches de contreflux sont possibles avec d’autres chargeurs également », ajoute le directeur du développement d’Hexafret, sachant que plus de 80 % des trains et wagons retournent à vide avec des sillons connus et programmés.

Selon une approche personnalisée, Hexafret étudie les données d’approvisionnement et d’expéditions routières sur une durée minimum (d’un an dans l’idéal). « En France, nos bases de données recensent plus de 2 000 sites embranchés et de cours de marchandises en service ». D’ores et déjà, l’opérateur s’appuie sur un réseau d’axes mutualisés qui acceptent des envois à partir d’un seul wagon adapté aux marchandises transportées : palettes, conteneurs, caisses mobiles, citernes, tombereaux …

 

Outils de simulation

Deux projets illustrent enfin la capacité de calcul de l’IA dans Cumulus. Appelé « Boucle ferroviaire nationale », le premier consiste « à fédérer industriels et distributeurs pour concevoir un service ferroviaire et approvisionner la GMS », indique Julien Darthout, délégué général du Club Demeter. Le projet qui utilise Cumulus pour simuler et définir de nouveaux services ferroviaires, ou renforcer ceux existants, rassemble 3 distributeurs et 10 industriels. Le potentiel identifié s’élève à 115 000 camions complets de produits d’épicerie, petfood, surgelés et boissons. Le deuxième projet est porté par le Lab SC4Good de France Supply Chain. « Il réunit Michelin, Saint-Gobain, Legrand, Pepsico et Renault pour des flux nationaux et européens », détaille Florence Ughetto, experte développement durable et logistique chez Renault. Leurs travaux ont identifié 11 corridors communs dont 3 ont été retenus pour interroger les entreprises ferroviaires avec le concours du cabinet Argon.

 

De Erick Demangeon

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